Ça use...

Ça tire, ça frotte.... Un bateau est toujours en mouvement donc, même quand tout va bien, même quand c'est tout droit, le matériel comme le marin s'usent, souvent insidieusement.
Par exemple, les drisses, les cordages qui permettent de hisser les voiles au mât frottent constamment dans leur circuit de poulies. Ça ne se voit quasiment pas mais les fibres les plus solides et modernes n'y résistent pas. Or, si elles rompent, pas d'autres solutions que de monter au mât pour en repasser une depuis le haut. En mer, même les plus agiles des skippers (certains ont des tempéraments de singe) ne goûtent guère le scabreux exercice. Donc, après deux semaines de mer, la vigilance et l'inspection permanentes sont de mise.
Pareil pour le bonhomme: je vous mets au défi d'aller vous dégourdir les jambes sur un skateboard géant qui roule sur des dos d'ânes. Donc, fatalement, on s’assoit, on s'allonge mais on ne se redresse ni souvent, ni complètement. Le temps a beau être agréable, il faut rajouter l'humidité. Conséquence: certains endroits de votre anatomie ne décompressent jamais! Après l’introspection morale, on passe sans transition à l'inspection très physique des choses (en fin de ces choses, bref de ses choses).
Et le moral dans tout ça? Ben... on en sait rien!!!!
Quand même, vous observerez sur le classement que les écarts sont infimes. Or, Bertrand est au courant, c'est la seule information sportive qu'il reçoit. Donc, il se mobilise certainement sur la régate qui fait rage dans sa zone. Il a le plus souvent des concurrents à proximité donc sans doute l'émulation et la discussion qui font du bien.
D'autre part, il sait que les premiers sont arrivés (le vainqueur en catégorie Série arrivera ce soir en Martinique) et qu'il lui reste plus ou moins cinq jours de mer. De quoi trouver le temps long....
Et puis, il y a la mer, la solitude, la course... ils le disent tous: la joie de l'arrivée et du retour aux siens (on a fêté l'anniversaire des plus grandes sans lui) est toujours doublée de la mélancolie de l'achèvement. La ressent-il déjà, se concentre-t-il sur sa vitesse et sa trajectoire pour être dans les 20 plutôt que les 30? S'énerve-t-il d'y être encore? Ou bien commence-t-il à se détendre (on peut rêver -:) et à savourer ces ultimes heures sur SON bateau, dans SA transat (qui n'a rien d'une chaise longue) pour SON bonheur d'y être ou bien de l'avoir fait?

Vous lui demanderez, moi j'oserai pas....

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