Excitation, Engagement et ...

Alors voila, la première course est maintenant terminée...

Je vais couper court au suspens, elle ne s'est pas vraiment terminée comme prévue, car nous avons été DNF (Did Not Finish). En effet, nous avons du abandonner car il nous était impossible de compléter le parcours dans le temps imparti (fermeture de ligne à 16h).

Bon nous ne sommes pas les seuls, car seulement 30% des partants ont été classés !

Pour revenir au début de cette course :

Alors que deux parcours étaient annoncés dans les IC (instructions de course), vendredi après-midi un troisième parcours a été proposé tenant compte de la météo assez forte annoncée.

Briefing du vendredi

Nous savons donc dans quoi on s'embarque: beaucoup de vent, de face, et qui le restera car il tournera en même temps que nous le long du parcours.

On en mène pas large mais on est aussi prêts que possible et on se conditionne depuis des semaines à "assurer" pour ne pas dépasser nos limites (le bateau, lui, est fait pour ça) donc ça nous conforte dans notre approche humble et conservatrice. Ca fait une semaine (et beaucoup plus) qu'on attend ce moment et on a aussi envie d'être fixés.

On quitte donc le port calmement pour se rendre au départ.

Tout le monde nous le répète et on s'en doutait, 76 Mini regroupés sur une même ligne dans du vent fort, ça fait beaucoup d'hormones!!! Nous qui venons de la régate "au contact", c'est une première révolution culturelle de s'astreindre à rester "loin du paquet" afin d'éviter les coups foireux, qui sont d'ailleurs arrivés à plusieurs bateaux dont celui de notre sparring-partner Cédric (911). Son beau bateau (un Ofcet aussi) sera cassé avant d'avoir franchi la ligne. On lui souhaite de nous rejoindre très vite sur les prochaines courses.

On part donc un peu en arrière et on commence à remonter les concurrents sur le bord menant au contournement de l'île de Groix.

Premières heures...

Puis, après avoir perdu un peu de matériel dans les coups de roulis imposés par les conditions, vient la première décision stratégique. Le vent devant tourner à gauche, on attend ce moment pour virer de bord. Et ça ne vient pas... Alors, on finit par y aller quand même en essayant de mesurer ce que cela change pour la suite de la stratégie.

Puis la rotation arrive, plus tard mais beaucoup plus marquée que prévu, donc on a viré trop tard et, en plus, on n'a pas réalisé tout de suite! On arrive aux Glénans quand même, pour un peu de joli panorama (l'archipel est réputé pour son charme) et de répit, car le vent et la mer se calment vraiment à l'abri des îles.

Cela ne dure pas! Le vent tourne plus que prévu, donc il faut tirer des bords pour remonter contre lui au milieu des cailloux alors que la nuit tombe. Cela se corse (comme disait Bonaparte)!

On ne connaît pas bien le coin et on y voit goutte alors on se met en mode "conservation".

On finit par s'extraire des îles et on se regroupe avec les petits copains pour aborder "le bord des sangliers" comme il a été surnommé dans les discussions d'avant-course. En fait, c'est presque toute la côte Sud de la Bretagne d'une traite. Pas d'obstacle sur le chemin et l'angle du vent un peu plus ouvert, on repasse en mode "puissance".

En se relayant toutes les 30-40 minutes, on fait marcher la (belle) bête et ce sera le seul moment de pur plaisir de cette navigation. C'est aussi le moment que je choisis pour expérimenter des cycles de sommeil courts (25-30 min). Cela fonctionnera plutôt bien (6-7 fois). On remonte les concurrents un à un et on se met à espérer un "tout-droit" jusqu'au virage de retour.

Quelle erreur! Le vent refuse (s'oriente de face) encore plus et nous revoilà à tirer des bords en mode "conservation" dans une brise de plus en plus forte et une mer vraiment mauvaise.

On alterne jusqu'au petit matin entre des bords franchement pénibles et carrément casse-bonshommes et casse-bateau (on entend la litanie des avaries de nos camarades à la radio) jusqu'à réduire encore la voilure dans une mer vertigineuse et du vent qui monte et refuse toujours.

C'est ici une partie stratégique de ce parcours : la fatigue physique, le manque de sommeil et le stress ne doivent pas altérer notre lucidité sous peine de finir à terre...

Cyril d'ailleurs, n'ayant pas réussi à dormir marquera un peu le pas à ce moment. Je mesure alors tout le bénéfice de ces petites phases de récupération que je me suis autorisé plutôt.

Devant les conditions de moins en moins favorable, les petits calculs commencent. Il semble alors peu probable que nous puissions être sur la ligne à temps, même si cela devrait passer près (moins d'1h).

Quand on entend que d'autres assez proches font demi-tour car ils ont calculé qu'ils ne termineraient pas le parcours avant l'heure limite annoncée par le comité de course, c'est la goutte d'eau qui fait déborder la mer!

De se faire passer à la machine à laver et de risquer de tout péter, d'accord, ça fait partie du jeu. Mais si c'est pour se faire dire à l'arrivée: "Bel effort mais dommage,... trop tard". Là, c'en est trop. Donc, on met le clignotant et on se déroute vers Lorient sans terminer le parcours.

En nous repassant le film de la course dans le canapé (La cartographie pour se resituer), on s'est aperçus que l'on était plus proche de ceux de devant que ce qu'on croyait sur le moment. Mais que nous aurions loupé la fermeture quand même (pour au moins 40 min).

La déception de ne pas boucler la boucle est forte mais on est tout de même contents de (presque) tout ramener à bon port et d'avoir navigué "pour de vrai" dans ces conditions que les plus pudiques ont qualifié de "velues" selon leur expérience bien supérieure à la nôtre.

Il va donc falloir remettre l'ouvrage sur le métier pour obtenir les précieux "milles en course" qualificatifs mais j'ai franchi un premier cap essentiel dans la connaissance du bateau et de la navigation "en vrai" à son bord.

Dans trois semaines à Pornichet, on repart, et à bloc!

Les comptes rendus et résultats de la course

PS: un grand merci a vous tous pour vos messages et une mention spéciale à Cyril pour l'accompagnement sans faille !

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