Odyssée Ministe

Je vous avais laissés après notre balade en Irlande... et bien on y retourne !

Depuis les vacances sont passées et de l'eau a coulé...sous la coque.

Ces vacances ont donc été studieuses... enfin d'un point de vue nautique.

Comme je vous l'avais déjà évoqué, ma participation à la Mini Transat 2017 est conditionnée entre autres à un parcours d’intégration (rentrée des classes oblige !) : ce rite de passage, cette Odyssée, fut donc engagé début Août.

Même si tel Ulysse mon voyage commença là où il se finira et que je m’apprêtais à subir le courroux de Poséidon, il n'était pas question de partir 10 ans, ni de rencontrer cyclopes, sirènes ou magicienne... Mes épreuves s'appelleront Gascogne, Manche, Celtique...le tout pour un parcours d'environ 1 000 milles nautiques (MN), soit environ 1 800 km pour les béotiens.

Simple comme aventure ...

1- Athéna : météo et routage

Ainsi après une fine analyse de la situation météorologique (merci à coach Jean ... notre Athéna à nous les Rochelais!), il fût décidé de profiter de la première fenêtre viable, quoique pas forcément idéale (on y reviendra plus tard).

Rendez-vous fut pris avec Mini Yak pour un départ le lundi en milieu de journée avec la perspective d'un parcours express (6,5 j).

2- Ithaque - épisode I : Le bonheur est dans le près

Après un jump start pour raison technique (nettoyage du speedo), le port des Minimes fut quitté vers 16h00.

Un premier bord vers le pont de l'Ile de Ré afin d'attaquer le pertuis breton... Comme à l'accoutumée cette année, c'est bien au plus près du vent et donc à tirer des bords que cette aventure commença (cf. analyse météo)...

Marque N°1 !

L'avantage de partir de La Rochelle donne la satisfaction de passer le premier des 3 points de passages (Ile de Ré - Bouée de Coningbeg - Plateau de Rochebonne) rapidement : 17h30 pour le Pont de l'Ile de Ré.

S'en suit une remontée au près (encore et toujours) vers la pointe bretonne dans une vingtaine de nœuds (rafales jusqu'à 28) et une mer plutôt forte.

J'aurais croisé quelques camarades de jeu : Laurent (Mini 816) au niveau des Sables d'Olonnes et Lina (Mini 732) à l'approche de l'Ile de Sein.

Bref, une fois la pointe bretonne parée, direction l'Angleterre en ayant pris soin de contourner le fameux DST de Ouessant... (cf. compte rendu de la Mini Fastnet)

Au prix d'une allure et de conditions plutôt toniques, la trajectoire quasi directe permet une progression rapide sur le parcours.

J'arrive donc en vue des côtes anglaises... que d'ailleurs je ne verrai pas car, une fois n'est pas coutume, je passerai un peu près tout les points remarquables de nuit !

C'est à ce moment que je croise Victor (Mini 866) qui lui revient d'Irlande après avoir essuyé un gros (mais vraiment gros) coup de vent... Ma situation météo semble bien plus enviable quoique passant quand même entre deux dépressions: pas question de relâcher l'effort !

Le passage entre l'Angleterre et les îles Scilly est avalé dans la nuit et la météo commence à s’apaiser en milieu de journée (jour 3) à l'approche des côtes irlandaises.

3- Les Sirènes : Pêcheurs, Dauphins et Lumière

Ça commence à sentir bon...

Comme évoqué, le passage de la bouée de Coningbeg se fera de nuit (1h15 heure FR) à tirer des bords au milieu des pêcheurs partant en pêche (note aux correcteurs: pléonasme délibéré !) ... Bref, même si la météo fut clémente lors de l'approche, il fallut quand même se bagarrer pour ne pas se faire aborder !

C'est le petit point blanc qu'il faut regarder !

En revanche, réelle satisfaction : nous sommes sur le retour et nous n'avons mis que 3,5j !

Sinon, je ne vous avais pas dit, mais ce parcours fut ponctué de rencontres avec des dauphins : quasiment un groupe toutes les 2-3 heures, ainsi que de la rencontre avec un phoque au milieu de la mer d'Irlande.

Une fois la fameuse bouée enroulée, enfin du portant dans un vent annoncé comme mollissant : envoi du grand spi dans 12 nds de vent, presque le bonheur... mais 15 minutes plus tard le vent se met à monter : 15 nds, 17 nds, 19 nds... bref, à priori plus de grand spi... cela durera 10 min le temps que je tergiverse et donc pas celui d'avoir pu changer de spi ...

Comme à l'aller, la mer d'Irlande est quasi déserte une fois éloigné des côtes : un peu de repos est le bienvenu d'autant que le bateau glisse bien.

Au petit matin, le vent bascule pour revenir plus dans l'axe de la trajectoire : le spi est remisé à l'intérieur et le Gennaker est de mise.

Vers midi, je croise Ben (Mini 867) qui lui monte vers la fameuse bouée.

4- La nymphe Calipso : aussi nommée Perfide d'Albion

Retour vers les côtes anglaises, que j'aborde cette fois de jour (mais en fin de journée). Le vent va en mollissant pour devenir totalement absent... encore un coup de ces satanés anglais !

Je suis alors porté par le courant (3-4 nds), qui m’emmène au plus près de l'île de Longships : dans cette nuit sans lune, des bruits d'eau commencent à se faire entendre et je me retrouve au pied du phare dans 4 à 6 m d'eau.
S'en suivent quelques longues minutes durant lesquelles j'imagine déjà laisser Mini Yak aux Anglais, planté sur un cailloux.
La situation s'améliore doucement car le courant me repousse vers le large ... vers la cardinal Ouest Carn Base ... que j'attaque donc par l'Est (pour les néophytes : du côté où il ne faut pas être)... Le vent finit par faire son apparition (mollement) et je peux donc me dégager de tous ces dangers. Cependant, j'aurais peut-être passé les 2 pires heures de ma carrière de marin !
L'honneur est sauf. Les anglais n'auront pas Mini Yak !

Maintenant que nous sommes engagé en Manche (et donc dégagés des agressions anglaises), le vent retombe pour devenir quasi nul et je décide d’enchaîner les siestes de 20 min. Cette situation météo durera de 4h à 11h du matin !

5- Les cyclopes :

En milieu de journée, le vent refait son apparition et nous repartons de plus belle vers le toujours fameux DST de Ouessant. Comme à l'accoutumée, la trajectoire est dictée par l'orientation du vent... au plus près.

Le contournement de ce DST se fera cette fois-ci par le Nord-Est : ce côté étant le moins large la circulation y est dense et les échanges à la VHF dans un anglais très international et fort peu académique afin de signaler ma minuscule présence de coque de noix face à ces monstres de métal.

Un super bord de reaching dans la nuit au passage de l’île d' Ouessant avec du courant portant, puis retour au plus près pour aller contourner l'île de Sein...

6- Nausicaa : Bronzette, Soleil et ...

Passée la pointe bretonne et comme annoncé, le vent mollit et tourne fortement : la stratégie est claire, il faut glisser au maximum dans ces petits airs. Cela nous amène à faire route vers Belle-Île en attendant une bascule de vent vers le Nord-Ouest qui nous permettra de faire route direct sur le plateau de Rochebonne en fin d'après-midi/début de nuit.

La bascule arrive donc un fin de journée avec un forcissement du vent mais surtout une longue houle digne de ce que j'imagine rencontrer lors de la Transat.

La température estivale de la journée disparaît aussi ...

Croisière estivale en Bretagne !

7- Circé, la magicienne : hallucinations

A priori dernière nuit en mer dans des conditions maniables de vent, mais plutôt délicates à cause de cette houle mal orientée.

Après l'envoi de différentes voiles d'avant, la fatigue accumulée de ces 6 jours en mer se fait sentir : j'envoie mon spi Medium (le seul qui n'est pas blanc) et en le regardant je le vois non pas gris mais vert et surtout j'en arrive à la conclusion que l'on m'a échangé mon Spi tant celui-ci est fort peu esthétique !

Enfin, après une bonne demi-heure à chercher le ou les responsables de cette entourloupe (bien des oreilles ont du siffler), j'en reviens à la raison et décide d'adopter une allure plus calme (plus de spi... quelle qu’en soit la couleur) afin de prendre un peu de repos qui d'un seul coup me semble indispensable (un instant de lucidité salvateur, en somme) !

L'arrivée sur le plateau de Rochebonne se fait vers midi : dernière marque de parcours passée... de jour mais un peu loin pour la voir :

point pédagogique : le cercle rouge remplace la point blanc !

Une fois le plateau paré, je m'imagine déjà arriver en début de soirée, ayant en tête une distance de 30 MN au lieu de 56 MN réels...

Donc, le finish fut un peu plus long psychologiquement que prévu... Arrivée à presque marée basse (!) à 2h00 du matin.

Premiers pas à terre !

Cyril en vacances à Arcachon avait fait le déplacement pour célébrer (rapidement) cet Odyssée de 7 j et 10 h...

Épilogue :

Une étape importante et, d'après les anciens, fondatrice de validée dans le process Mini.

Un dossier complet à remplir dont des calculs de navigation au sextant pour valider ce parcours de qualification.

Des souvenirs incroyables (bon ou moins bon)... et surtout une forte envie de repartir !

PS : le spi médium dans le bateau était bien le mien et gris !

PS2 : je n'aurais pas eu besoin de tirer à l'arc ni de tuer quelques prétendants pour retrouver ma Pénélope, même si mon état à l'arrivée relevait plus du mendiant que du fringant héros de l'antiquité ;-)

PS3 : j'espère (humblement... toujours!) que ce récit homérique (!) vous aura donner l'envie de lire (ou relire) l'Odysée...

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