La Grande Porte

Enfin! Avec cette rallonge de parcours touristique vers les îles encore plus lascives du Cap-Vert, la direction de course a retardé l'ouverture au GRAND large (NDLR: Pour ceux qui ne se documentent qu'ici, le parcours a été rallongé pour contourner une potentielle dépression tropicale par le Sud).

J'en connais un qui doit être content! En effet, au cours de ces deux saisons de préparation, il se réjouissait de plus en plus quand le jeu était "ouvert" vers le large (et de plus en plus bougon quand les parcours étaient trop balisés). Outre le cliché du marin à l'intarissable soif de liberté, il déteste gentiment la proximité du trafic, des îles et autres cailloux. Bref, tous ces machins qui prennent un malin plaisir à cogner aux coques, aux quilles ou aux safrans sans y avoir été invités.

En mettant aujourd'hui le clignotant à droite au passage de Santo Antao, il entame le Voyage (avec un V comme Voyage) tant mystifié jusque là. Pensez donc: le terrain de jeu fait 4 000 kilomètres! Quand on mesure 6m50, y a de la place! Il sera tributaire de la mer et du vent, des grosses bêbêtes qui habitent là (sublimes à observer mais qui oublient parfois de s'écarter de la route, eh oui! Y a pas de passages piétons!) et malheureusement des trop nombreuses saloperies que nos congénères auraient pu égarer dans ces parages (les fameuses "boîtes" tombées des cargos). Bon, y a pas de raisons particulières de les croiser non plus!

Donc c'est parti pour la grande cavalcade avec la bride sur le cou. Ce qu'il a connu souvent pendant quelques heures mais qui durera là deux semaines.
Ce que nous appelions une navigation "sport" (parfois même Olé Olé) lors des premiers entraînements va devenir son train-train quotidien, c'est à dire souvent à plus de 10 noeuds (je sais, ça ne vous dit pas grand-chose mais croyez-moi, au ras de l'eau, ça va vite!!).

Tiens, au fait? On l'a toujours évoquée brièvement et pudiquement jusque là mais la fameuse introspection qui commande en partie au projet du garçon, ben c'est maintenant. J'espère qu'il nous racontera. Ne faites pas cette tête, je sais que ce n'est pas un expansif mais cherchez bien, vous connaissez ses moments volubiles (un peu comme quelqu'un qui descendrait un fleuve fleuri), il ne faudra pas les manquer! Il va se faire son assemblage de plénitude et d'oppression, d'euphorie et d'isolement profond.

Bref, LE plaisir d'y être. Souvenez-vous que jusque là, chaque course, chaque épreuve n'étaient que la qualification, le droit d'accéder à la suivante. Désormais, plus d'échec possible, uniquement le bonheur d'écrire sa propre histoire quels que soient l'intrigue et le scenario. Vous partagez sans doute la frustration de ne pas le voir et l'entendre en direct. Cette histoire, il faudra se la laisser narrer, en appréciant le fait que ce soit Bertrand lui-même qui la distille, la choisisse, la censure, la romance, l'interrompe ou la taise. A SA manière...

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